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La crise du logement en République Démocratique du Congo (RD Congo) a atteint aujourd’hui, des proportions inquiétantes. Se loger dans les grandes villes et plus particulièrement à Kinshasa, est devenu une équation à plusieurs inconnues.
La demande est toujours plus importante, que l’offre. Celle-ci étant essentiellement proposée par des particuliers, dans un secteur où, les pouvoirs publics sont aux abonnés absents.
En clair, l’Etat Congolais n’a toujours pas construit des logements, susceptibles d’accueillir les familles en grande difficulté. La crise économique qui sévit dans le pays depuis plusieurs décennies, a exacerbé cette précarité de nombreuses familles.

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LES POUVOIRS PUBLICS SURPROTÈGENT-ILS LES LOCATAIRES VÉREUX ?

À ce jour, il n’existe aucune politique lisible autour du logement en général et de l’Habitat à loyer modéré en particulier, dédié aux personnes au revenu modeste. Cependant, les pouvoirs publics ont quand même le mérite d’avoir légiféré, dans un secteur quasiment laissé à l’abandon.

En effet, le texte de loi sur les baux à loyer a jeté les bases, en vue d’améliorer les relations entre bailleurs et locataires. Il a malgré tout tempéré les ardeurs de certains bailleurs, qui exigeaient jusqu’à 10 ou 12 mois de garantie locative.
A contrario, cette loi a verrouillé la procédure du délogement administratif, en la complexifiant davantage. Les bailleurs se retrouvent ainsi, avec des locataires qui ne paient plus de loyers, mais qui continuent à occuper illégalement leurs maisons, sans titre ni droit.

Tout commence par un retard de loyer d’un mois, puis de 2 mois, suivi de l’épuisement de la garantie locative. Ceux qui sont de bonne foi finissent par quitter le logement, pour tenter de bénéficier de la solidarité familiale. Mais les plus téméraires, avec une bonne dose de mauvaise foi, optent pour un bras de fer avec le bailleur. Car ils sont généralement habitués à fréquenter les services de l’habitat, et savent que c’est à la fois une machine lourde, lente et surtout coûteuse.

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Conscients de leur incapacité à payer le loyer, ces locataires insolvables vont dans un premier temps, commencer par exiger un préavis légal. Tout en sachant que la procédure n’est pas gratuite. Les bailleurs qui n’ont pas de moyens de « financer » toutes les étapes du délogement administratif, sont souvent contraints d’y renoncer, d’attendre que les locataires libèrent la maison, quand ils le souhaitent. Cette situation peut ainsi durer plusieurs mois, voire des années.
Les mamans veuves délaissées par l’Etat Congolais
Parmi les bailleurs en difficultés face aux locataires insolvables, figurent en bonne place, les mamans veuves avancées en âge. Celles-ci ne bénéficient pas toujours d’une pension de réversion. Pour celles qui pourraient en disposer, elle ne leur permet pas toujours de nouer les 2 bouts du mois.
Quand elles ont la chance d’être propriétaires, ces mamans se sentent obligées de mettre leurs maisons en location.  
Malheureusement, quand elles tombent sur des locataires insolvables, elles deviennent des « vaches à lait » des services Habitat de nos différentes communes. Celles qui ne peuvent pas financer la procédure de délogement, il leur arrive de faire le pied de grue à la maison communale, dans l’espoir de voir les « puissants » chefs de division ou de bureaux du service Habitat, abaisser leur regard sur leur modeste personne. Il suffit de faire un tour de nos communes, surtout en début de semaine, pour voir comment ces mamans sont traitées avec condescendance. Pas d’argent, pas de regard, pas d’aide !
Où vont alors les recettes des services Habitat de nos communes ?
C’est la question que tout citoyen congolais est en droit de se poser. Il n’est secret pour personne, que les services Habitat de nos communes, sont aujourd’hui parmi les plus sollicités, en dehors de ceux d’Etat-civil. Ils gèrent les conflits liés aux contrats de bail, notamment les procédures de délogement administratif.
Chaque étape est payante, en commençant par le préavis de 3 mois, pour ceux qui disposent encore d’une garantie locative. Pour ceux qui l’auraient épuisée, c’est une mise en demeure de 45 jours. Comme les bailleurs n’ont pas l’habitude de légaliser les contrats à la commune, ils vont être obligés de payer l’équivalent d’un mois de loyer. En cas d’absence de contrat écrit, il y a une amande équivalente à la moitié d’un mois de loyer, qui est exigé.
Cette séquence est suivie d’une sommation de 72h. Celle-ci est également payante. L’équivalent de la moitié d’un loyer. Ensuite pour la demande de réquisition à transmettre à l’Inspection Provinciale de la police ville de Kinshasa, il y a aussi un coût à prévoir : l’équivalent de la moitié d’un loyer.
A l’étape de l’Inspection Provinciale de police, les frais sont fixés à la tête du client, afin d’obtenir la signature du responsable. La réquisition signée, est transmise au district, qui exige à son tour des frais pour le carburant et la « motivation » des policiers, entre autres. Alors qu’il s’agit d’un service public !  
Les agents du service Habitat qui interviennent le jour du délogement, exigent aussi des frais de déplacement et de motivation.
Toutes ces sommes sont généralement payées en dollars américains, entre les mains des fonctionnaires de ces services, sans aucun reçu. Il n’existe aucun mécanisme, qui permettrait aux bailleurs de verser directement ces sommes, dans une banque. Tout se déroule dans une opacité totale, qui n’est pas de nature à rassurer les bailleurs.

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Ces derniers éprouvent le sentiment d’être puni, du fait d’avoir investi dans l’immobilier.
Il est temps, que le ministère de l’Habitat et l’hôtel de ville de Kinshasa s’y penchent sérieusement, afin de mettre en place un référentiel des prix, qui devra être affiché dans toutes les maisons communales. Outre ce référentiel, il faudrait également exiger à ce que le paiement s’effectue via la banque, de manière à éviter les abus.
Ce serait aussi une façon de redonner confiance en l’Etat, qui est supposé protéger à la fois les locataires et les bailleurs. Ceux-ci ont aussi besoin d’être soutenus, du fait qu’ils tentent d’épauler l’Etat congolais, dans un domaine où, il a du mal à proposer des réponses adaptées.
                                                                                                                                            Clément KAMULETA