Le Comité exécutif de la Fédération Congolaise de Football Association (FECOFA), s’est réuni le vendredi 7 août 2026, au siège de la Fédération, à Kinshasa.
Plusieurs dossiers importants ont été examinés au cours de cette réunion du nouveau Comité exécutif, notamment le rapport d’audit de la FECOFA, le renforcement de la gouvernance, la constitution des commissions, le calendrier des activités, le bilan de la participation de la République démocratique du Congo à la Coupe du monde 2026, ainsi que la répartition des retombées financières de cette compétition.
Sur ce dernier point, l’opinion sportive a été agréablement surprise par la décision du Comité exécutif de rendre publique la ventilation d’une enveloppe globale estimée à 16 millions de dollars américains, représentant les retombées de la participation des Léopards au Mondial 2026.
UNE ENVELOPPE DE 16 MILLIONS DE DOLLARS
Selon la répartition présentée, les fonds devraient être affectés de la manière suivante :
- Joueurs de l’équipe nationale A masculine : 1.000.000 USD
- Ligues provinciales : 2.600.000 USD
- LINAFOOT, Ligue nationale de football féminin et Ligue nationale de football des jeunes : 300.000 USD
- Clubs de première division, notamment pour leur réorganisation administrative : 480.000 USD
- Clubs de Ligue 2 : 500.000 USD
- Fonctionnement de l’organe exécutif : 300 000 USD
- Prime au personnel de la Fédération : 100 000 USD
- Infrastructures, principalement le réaménagement du Centre technique national Kurara Mpova : 10.720.000 USD
Total : 16.000.000 USD.
D’une manière générale, cette ventilation a été accueillie favorablement par une partie de l’opinion. Elle donne l’impression que la politique annoncée par le nouveau Comité exécutif — « Refonder pour structurer, structurer pour gagner » — commence à prendre forme depuis l’arrivée de Véron Mosengo-Omba à la tête de la FECOFA, le 20 mai 2026.
Mais au-delà de la satisfaction que peut susciter cette volonté de redistribution, une lecture attentive des chiffres soulève plusieurs interrogations.
UN MILLION DE DOLLARS MILLION DE DOLLARS POUR LES JOUEURS : MAIS QUI EST REELLEMENT CONCERNÉ ?
La première interrogation concerne l’enveloppe de 1 million de dollars réservée aux joueurs.
S’agit-il exclusivement des joueurs ayant participé à la Coupe du monde ou cette enveloppe devra-t-elle également couvrir le staff technique et les autres membres de la délégation ?
La question mérite d’être posée.
La délégation congolaise au Mondial pouvait représenter, toutes catégories confondues, environ une soixantaine de personnes. Si le million de dollars devait être réparti entre les joueurs, les membres du staff technique et les autres bénéficiaires, la somme individuelle deviendrait relativement modeste au regard de la performance historique réalisée par les Léopards.
Une compensation pourrait cependant être prise en compte si l’on considère les primes déjà accordées aux joueurs et aux membres de la délégation par le gouvernement de la République démocratique du Congo.
Mais il convient de distinguer les deux choses : les primes accordées par l’État sont une chose, les retombées financières générées par la participation des athlètes à la Coupe du monde en sont une autre.
*2,6 millions aux ligues provinciales : 11 ou 26 ligues ?*
La deuxième interrogation, et peut-être l’une des plus importantes, concerne l’enveloppe de 2,6 millions de dollars destinée aux ligues provinciales.
Dans la présentation de cette répartition, il serait question de 26 ligues provinciales.
Or, cette formulation mérite une clarification.
La République démocratique du Congo compte certes 26 provinces administratives, mais l’organisation territoriale du football ne se confond pas automatiquement avec le découpage administratif du pays.
La question est donc simple : les 2,6 millions de dollars seront-ils distribués aux ligues provinciales actuellement reconnues par les structures du football congolais ou envisage-t-on une nouvelle organisation calquée sur les 26 provinces administratives ?
Cette précision est importante.
Si l’enveloppe devait être répartie entre les 11 ligues provinciales, chaque bénéficiaire disposerait de moyens substantiels susceptibles de contribuer à la rénovation des sièges, à l’organisation des compétitions et au développement du football à la base.
*Seulement 300 000 dollars pour trois ligues nationales*
Autre point d’interrogation : les 300 000 dollars destinés conjointement à la LINAFOOT, au football féminin et au football des jeunes.
Une lecture simple pourrait laisser penser que chacune de ces trois structures recevrait environ 100 000 dollars.
Si tel était le cas, le montant apparaîtrait relativement faible au regard de l’ampleur des besoins.
Pour le football des jeunes, le chantier reste immense : organisation régulière des compétitions, détection, formation, encadrement des académies, développement des championnats provinciaux et accompagnement des sélections nationales d’âge.
Le constat est pratiquement le même pour le football féminin, où plusieurs structures restent encore à développer.
Concernant la LINAFOOT, les 100 000 dollars éventuels pourraient constituer un complément aux autres ressources, notamment celles provenant des accords de sponsoring.
*Une bouffée d’oxygène pour les clubs*
Pour les clubs de première division, une enveloppe globale de 480 000 dollars est prévue.
Selon le nombre de clubs effectivement bénéficiaires, cette somme pourrait représenter environ 20 000 dollars par club.
Du côté de la Ligue 2, l’enveloppe globale s’élève à 500 000 dollars. Sur une hypothèse de 50 clubs bénéficiaires, chacun pourrait recevoir environ 10 000 dollars.
Ces montants ne permettront évidemment pas de résoudre tous les problèmes financiers des clubs, mais ils représentent une contribution symbolique et matérielle non négligeable.
Ils permettent surtout d’associer directement les acteurs du championnat national aux retombées financières de la participation de la RDC à la Coupe du monde.
*300 000 dollars pour le fonctionnement de l’exécutif*
Le Comité exécutif bénéficiera également d’une enveloppe de 300 000 dollars destinée à son fonctionnement.
Utilisée avec rigueur et transparence, cette somme pourrait contribuer au fonctionnement administratif de la Fédération, aux différentes missions institutionnelles et à l’amélioration des conditions de travail des structures fédérales.
Mais, comme pour toutes les autres rubriques, la traçabilité de l’utilisation de ces fonds devra rester une exigence permanente.
*100 000 dollars pour les employés : une décision à saluer*
Parmi les décisions annoncées, l’une mérite particulièrement d’être saluée : l’affectation de 100 000 dollars au personnel de la FECOFA.
Ces agents travaillent souvent dans l’ombre. Pourtant, ils participent quotidiennement au fonctionnement de la Fédération, à l’organisation des compétitions, au traitement administratif des dossiers et à l’accompagnement des différentes sélections nationales.
Reconnaître leur contribution à travers une prime constitue donc un signal positif.
*Kurara Mpova rafle la plus grosse part*
La part la plus importante de l’enveloppe revient cependant aux infrastructures.
Sur les 16 millions de dollars annoncés, 10,72 millions, soit environ les deux tiers de la totalité de l’enveloppe, sont destinés principalement au l'aménagement du Centre technique national Kurara Mpova.
Le choix peut se comprendre au regard de la nécessité pour le football congolais de disposer d’infrastructures modernes et durables.
Mais l’importance de cette enveloppe appelle également une exigence supplémentaire : un projet précis, un budget détaillé, un calendrier des travaux ainsi que des mécanismes transparents de contrôle et de suivi.
Car affecter plus de 10 millions de dollars à une infrastructure constitue un investissement considérable.
Une autre question se pose également : celle de la passation des marchés. Qui sera chargé de l’exécution de ces travaux ? Selon quelle procédure ? Et avec quelles garanties de transparence et d’absence de conflits d’intérêts ?
L’opinion devra donc pouvoir savoir précisément ce qui sera construit, rénové ou équipé avec cet argent.
Une bonne initiative qui devra passer l’épreuve de la transparence
La répartition des 16 millions de dollars constitue incontestablement une démarche intéressante.
Pour une fois, plusieurs composantes du football congolais apparaissent dans la ventilation : joueurs, ligues provinciales, football féminin, football des jeunes, clubs, personnel administratif, Comité exécutif et infrastructures.
Mais certaines absences interpellent.
Le Comité exécutif ne semble notamment pas avoir prévu une enveloppe spécifique pour la formation et la Direction technique nationale (DTN), pourtant indispensables à toute politique durable de développement du football.
Il en est de même pour le dossier des dettes de la Fédération.
Parmi celles-ci figureraient notamment des arriérés liés aux primes du football féminin et du football des jeunes, ainsi que le dossier de l'équipementier O’Neel, présenté comme l’un des contentieux ayant contribué au gel de certains comptes de la Fédération congolaise de football association.
Ces dossiers méritent également une attention particulière, car il serait difficile d’envisager une véritable refondation de la FECOFA sans régler, parallèlement, certaines dettes et certains contentieux hérités du passé.
Mais annoncer les chiffres constitue seulement la première étape.
Le véritable défi commencera au moment du décaissement et de l’utilisation effective de ces fonds.
Qui recevra quoi ? Selon quels critères ? À quelle date ? Avec quels mécanismes de contrôle ? Qui sera chargé des marchés liés aux infrastructures ? Et surtout, comment la FECOFA rendra-t-elle compte de l’utilisation des 16 millions de dollars ?
C’est à ces questions que devra désormais répondre le Comité exécutif.
Si la transparence annoncée dans la répartition se poursuit jusqu’à l’exécution et à la justification des dépenses, en évitant notamment les conflits d’intérêts, alors la formule « Refonder pour structurer, structurer pour gagner » pourrait effectivement commencer à prendre tout son sens.
Zéphyr Kaninda Mukanya