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Les primes non disponibles, portées disparues ou détournées ?

La question des primes des équipes nationales d'âge, au ministère des Sports et à la Fédération congolaise de football association (FECOFA), devient un véritable problème, au point de constituer un sérieux frein au développement de la relève de notre football.

Les hommes et les femmes de valeur qui croient encore à la jeunesse de notre pays se font de plus en plus rares. La raison est simple : la politique menée en matière de préparation des compétitions et de motivation des équipes d'âge semble reléguer au second plan ceux qui travaillent quotidiennement pour l'avenir du football congolais.

Depuis l'arrivée au pouvoir de l'AFDL, avec Vincent Mutomb Tshibal au ministère des Sports, jusqu'à aujourd'hui avec Son Excellence Didier Budimbu, les éducateurs des jeunes, les entraîneurs et les membres des différents staffs techniques des Léopards des catégories d'âge semblent ne bénéficier d'aucune considération de la part de l'administration publique. Oui, d'aucune considération.

Comment expliquer qu'un ordre de mission soit signé, que les hôtels soient payés, que les billets d'avion soient achetés, que la logistique et parfois même la trousse médicale soient assurées, mais qu'au moment du retour, les primes des encadreurs, des accompagnateurs et parfois même des parents des jeunes joueurs ne soient jamais versées ? Celui qui finance toutes ces rubriques serait-il incapable d'assurer le paiement des primes, pourtant prévues dans les budgets ?

Pour illustrer cette situation, remontons une dizaine d'années en arrière. Invitée à un tournoi U20 de la COSAFA en Zambie, la RDC, conduite par le sélectionneur Jean-Claude Mukanya, s'y rend avec une délégation d'une trentaine de personnes après seulement une semaine de préparation à Lubumbashi, dans des conditions extrêmement précaires. Le médecin de l'équipe, le docteur Bobo, peut en témoigner. À ce jour, plusieurs membres de cette délégation affirment n'avoir jamais perçu leurs primes.

Plus récemment, le gouvernement de la République avait pris l'engagement d'organiser à Kinshasa la phase finale du championnat scolaire zonal. La compétition fut organisée avec succès. Pourtant, les sélections congolaises, garçons et filles, ont été soutenues financièrement par des membres de la LINAFJ, de la LINAFF ainsi que par des agents de la Direction des activités parascolaires du ministère de l'Éducation nationale. Malgré des prévisions budgétaires régulièrement introduites auprès du ministère des Sports, aucune prime n'a été versée.

L'année suivante, dans le cadre du Championnat scolaire africain à Accra, la RDC se qualifie. Le gouvernement assure l'hébergement de la délégation à l'hôtel Belle Vie, au centre-ville de Kinshasa, met à disposition deux bus VIP et prend en charge la logistique. Mais, une fois encore, les primes ne seront jamais payées.

La situation est identique pour les Léopards U20. Les primes relatives au stage de préparation en Arabie saoudite ainsi qu'au quart de finale de la CAN en Égypte contre l'Afrique du Sud demeurent, jusqu'à ce jour, dans les tiroirs de l'administration, sans qu'aucune explication officielle n'ait été donnée.

Plus près de nous encore, les Léopards U15, garçons et filles, ont participé aux éliminatoires zonaux à Libreville grâce au soutien de plusieurs personnes de bonne volonté, qui ont notamment financé l'obtention des passeports de certains joueurs. Grâce au savoir-faire des entraîneurs et à l'accompagnement de la FECOFA, la RDC a remporté les deux trophées ainsi que la quasi-totalité des distinctions individuelles mises en jeu. La même délégation a ensuite représenté la zone à la phase africaine au Zimbabwe. Là encore, aucune prime n'a été versée.

Le cas des Léopards U17 est encore plus préoccupant. Auteurs d'une qualification historique à Kinshasa, ils ont préparé cette campagne dans des conditions particulièrement difficiles : absence de primes, insuffisance de prise en charge médicale et moyens limités. Pour la phase finale de la CAN au Maroc, le gouvernement a assuré les frais d'hébergement… mais, une fois de plus, les primes n'ont jamais été payées.

Ces quelques exemples illustrent un système qui semble s'être installé au sein de l'administration publique et dont les conséquences pèsent lourdement sur les acteurs de la formation des jeunes.

Concernant les U15, une méfiance s'est même installée entre certains services du ministère de l'Éducation nationale et la FECOFA. Les uns soupçonnent la Fédération de détourner les fonds, tandis que celle-ci rejette catégoriquement ces accusations. Pendant ce temps, les véritables bénéficiaires attendent toujours leur dû.

Aujourd'hui, plusieurs centaines de personnes réclament des réponses claires et, surtout, le paiement des primes correspondant aux services rendus à la Nation. Il est difficile de comprendre pourquoi, à chaque mission internationale, toutes les dépenses sont exécutées, à l'exception d'une seule rubrique : les primes.

Cette situation mérite des explications. Car derrière chaque prime impayée se cachent des éducateurs, des entraîneurs, des médecins, des dirigeants et des familles qui se sont investis au service du drapeau national.

Au regard de ces nombreux précédents, une question mérite désormais d'être posée : où passent réellement les crédits destinés au paiement des primes des équipes nationales d'âge ? Sont-ils simplement indisponibles, bloqués dans les circuits administratifs ou font-ils l'objet de détournements ? Les acteurs du football congolais attendent des réponses claires. Le silence ne peut plus tenir lieu de politique.

Zéphyr Kaninda Mukanya