Deux mois après l'élection de Véron Mosengo Omba à la présidence de la Fédération Congolaise de Football Association (FECOFA), les contestations n'ont pas disparu. Bien au contraire, elles prennent désormais une dimension juridique avec la saisine du Tribunal Arbitral du Sport (TAS), faisant peser une incertitude sur l'avenir institutionnel du football congolais.
L'élection du 20 mai 2026 devait pourtant suscité un immense espoir. Après plusieurs années de gestion assurée par un comité de normalisation, beaucoup voyaient dans l'arrivée d'un nouveau comité exécutif le début d'une nouvelle ère, marquée par la stabilité, la bonne gouvernance et la relance du football national.
Pourtant, dès les premières étapes du processus électoral, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer des irrégularités présumées.
Le débat remonte à la mise en place du comité de normalisation. Dans la pratique de la FIFA, un comité de normalisation est généralement instauré lorsqu'une association membre traverse une crise institutionnelle grave avec un conflit interne empêchant le fonctionnement normal de ses organes. Sa mission consiste à restaurer une gouvernance stable, harmoniser les textes lorsque cela s'avère nécessaire et organiser des élections transparentes, afin de remettre le pouvoir entre les mains des organisations démocratiquement élus.
Plusieurs observateurs ont cependant estimé que la situation de la FECOFA ne répondait pas totalement à ces critères. Selon eux, les statuts avaient déjà été modifiés avant l'installation du comité de normalisation et aucun conflit institutionnel majeur entre les membres de l'Assemblée générale n'avait été officiellement établi.
Malgré ces critiques, le comité de normalisation a poursuivi sa mission jusqu'à l'organisation des élections du 20 mai 2026.
C'est précisément à ce stade que les contestations se sont accentuées.
Plusieurs candidats ont remis en cause les conditions dans lesquelles Véron Mosengo Omba est devenu candidat. Ils estiment que celui qui suivait le processus électoral congolais en qualité de secrétaire général de la CAF s'est ensuite retrouvé lui-même candidat à la présidence de la FECOFA, à la faveur d'une modification des statuts contestée par certains acteurs.
Pour ces acteurs congolais et étrangers, cette situation soulève des interrogations sur le respect des principes de neutralité, d'impartialité et d'égalité entre les candidats. Si les membres de la normalisation ne pouvaient pas être éligible, a plus forte raison celui qui était Secrétaire général de la Confédération africaine de football pendant cette période ?
Estimant que les recours internes ne pouvaient plus apporter de solution, les candidats malheureux Patrice Régnier Mangenda et Jean-Claude Mukanya ont saisi le Tribunal arbitral du sport. Le TAS a enregistré leur recours et a fixé le dossier. Il a par la suite engagé une première phase de médiation avant d'examiner le dossier sur le fond.
À ce jour, aucune décision n'a encore été rendue.
Cependant, cette procédure soulève une interrogation essentielle : que se passerait-il si le Tribunal arbitral du sport venait à remettre en cause la régularité de l'élection du comité exécutif de la FECOFA ?
Depuis son élection, Véron Mosengo Omba exerce pleinement ses fonctions. Son comité a notamment accompagné la participation historique de la RDC à la Coupe du monde et engagé plusieurs initiatives destinées à redynamiser le football national.
Mais si, au terme de la procédure, le TAS devait conclure à une irrégularité du processus électoral, les conséquences pourraient être lourdes pour les institutions du football congolais. Sans préjuger de l'issue de cette affaire, une telle décision risquerait d'ouvrir une nouvelle période d'instabilité dont le football national n'a certainement pas besoin.
Les contestataires ne limitent d'ailleurs pas leurs critiques à la seule élection du président de la FECOFA et certains membres de sa liste. Ils évoquent également des irrégularités présumées lors de certains scrutins organisés au sein d'autres structures du football congolais. Ces allégations demeurent contestées et devront, le cas échéant, être appréciées par les instances compétentes.
Au-delà des procédures judiciaires, une évidence s'impose : le football congolais ne peut plus se permettre une nouvelle crise institutionnelle.
Si Véron Mosengo Omba n'engage pas rapidement un dialogue franc et inclusif avec les différents acteurs du football congolais, notamment les membres de l'Assemblée générale de la FECOFA, les ligues provinciales, les clubs ainsi que les autres parties prenantes, le football national risque de s'engager dans une nouvelle zone de turbulences.
Il est peut-être encore temps de privilégier le dialogue à la confrontation judiciaire. Ne dit-t-on pas qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès ? Une procédure devant le Tribunal arbitral du sport peut durer plusieurs mois, et quelle qu'en soit l'issue, elle pourrait laisser des séquelles institutionnelles dont le football congolais sortirait affaibli.
La responsabilité est aujourd'hui collective. Elle incombe certes au comité exécutif de la FECOFA, mais également à l'ensemble des membres de l'Assemblée générale, véritables dépositaires de la gouvernance de notre football. L'heure est venue de placer l'intérêt supérieur du football congolais au-dessus des ambitions individuelles, des rivalités personnelles et des considérations de circonstance.
Cette crise met également en lumière une réalité plus profonde : plusieurs dispositions qui encadrent aujourd'hui le football congolais apparaissent, aux yeux de nombreux acteurs, comme des sources récurrentes de conflits. Qu'il s'agisse des statuts de la FECOFA ou de certains textes régissant les compétitions nationales, une réflexion approfondie sur leur adaptation semble devenue indispensable.
Faut-il attendre qu'une décision du Tribunal arbitral du sport impose une solution, ou les responsables du football congolais auront-ils la sagesse de prendre eux-mêmes les initiatives nécessaires pour préserver la stabilité de leur institution ?
La réponse appartient désormais aux principaux acteurs du football congolais. C'est de leur capacité à privilégier le dialogue, la responsabilité et l'intérêt général que dépendra, en grande partie, l'avenir du football de la République démocratique du Congo.
Le football congolais mérite mieux qu'une nouvelle crise. Il mérite des dirigeants capables de transformer les divergences en solutions et les contestations en opportunité de réforme. C'est à ce prix que pourra enfin s'ouvrir une nouvelle page de son histoire.
Zéphyr KANINDA MUKANYA