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En apportant publiquement, ouvertement et presque sans réserve son soutien à Gianni Infantino, Samuel Eto’o a peut-être commis une erreur de stratégie et surtout manqué de prudence politique.

Le président de la Fédération camerounaise de football aurait pu défendre les projets qu’il juge bénéfiques pour l’Afrique sans pour autant transformer cette adhésion en soutien personnel à l’actuel président de la FIFA.

Car il existe une différence fondamentale entre défendre un projet et s’engager derrière un homme. Car, jusque là INFANTINO a proposé, avant qu'il ne soit retiré, un projet au nom de l'institution FIFA et non un projet de campagne.

Samuel Eto’o estime que Gianni Infantino a beaucoup apporté au football africain et appelle même les fédérations du continent à reconnaître son action. Il lui attribue notamment l’augmentation des moyens mis à la disposition des fédérations ainsi que l’élargissement des possibilités de participation à la Coupe du monde.

Cette position est respectable. Mais elle ne devrait pas empêcher une lecture critique de la gouvernance de la FIFA.

L’AFRIQUE NE DOIT PAS CONFONDRE FINANCEMENT ET ALLÉGEANCE

Le débat autour du projet FIFA Forward Enterprise est révélateur.

Dans sa formulation initiale, le projet prévoyait notamment que chaque association membre puisse bénéficier de 20 millions de dollars de financement FIFA Forward sur la période 2027-2030, auxquels pouvait s’ajouter, dans le cadre d’un dispositif volontaire, un financement supplémentaire pouvant atteindre 20 millions de dollars par association.

Pour les fédérations africaines, dont beaucoup disposent de moyens limités et dépendent encore largement des pouvoirs publics, de telles sommes représentent évidemment une opportunité considérable.

Samuel Eto’o a raison de poser la question des moyens.

Avec davantage de ressources, les fédérations africaines pourraient mieux se développer.

Mais faut-il, pour bénéficier de ces moyens, lier l’avenir du football africain à celui d’un homme ?

C’est précisément là que la prudence aurait dû s’imposer.

Le projet peut être intéressant sans que son auteur soit indispensable.

Samuel Eto’o aurait donc pu soutenir le principe d’une augmentation substantielle des ressources destinées aux fédérations africaines, demander son amélioration, exiger des garanties de transparence et inviter tous les candidats à la présidence de la FIFA à reprendre ce qui est positif dans le dispositif.

Car Gianni Infantino n’est pas la FIFA.

Et la FIFA ne doit pas devenir Gianni Infantino.

Si demain un autre président est élu, rien n’empêche les 211 associations membres de lui demander d’étudier ce projet, de le modifier, de le renforcer ou même d’aller plus loin.

Les 20 millions annoncés aujourd’hui pourraient devenir davantage demain si les revenus de la FIFA et leur redistribution sont mieux négociés.

C’est donc le mécanisme qu’il faut défendre, et non nécessairement celui qui l’a proposé.

LA QUESTION DE LA GOUVERNANCE NE PEUT PAS ÊTRE ÉCARTÉE

Cette distinction est d’autant plus importante que le projet FIFA Forward Enterprise a provoqué une véritable crise politique au sein du football mondial.

Le projet a suscité une forte opposition, notamment en Europe, en Asie et en Amérique du Nord, autour des questions de transparence et de gouvernance.

Dans ces conditions, défendre les avantages financiers d’un projet est parfaitement légitime.

Mais défendre sans réserve celui qui le porte revient à accepter que le débat sur la gouvernance passe au second plan.

Or l’Afrique ne devrait pas avoir à choisir entre l’argent et la bonne gouvernance.

Elle devrait exiger les deux.

ETO’O CONNAÎT AUSSI LES SUJETS QUI FÂCHENT L’AFRIQUE

Samuel Eto’o connaît parfaitement les débats qui traversent actuellement le football africain.

Il sait notamment que Gianni Infantino avait publiquement proposé, dès 2020, que la Coupe d’Afrique des nations soit organisée tous les quatre ans au lieu de tous les deux ans. Cette idée, longtemps controversée, rejoint désormais l’évolution décidée par la CAF, qui prévoit le passage à un cycle quadriennal après 2028.

L’ancien capitaine des Lions Indomptables connaît également l’importance du CHAN, compétition exclusivement réservée aux joueurs évoluant dans les championnats nationaux africains. Cette compétition constitue une véritable plateforme de valorisation et de développement des talents locaux. 

L’Afrique doit donc examiner avec beaucoup de prudence toute réforme internationale susceptible d’affaiblir ses compétitions, ses championnats ou ses espaces de développement propres.

Samuel Eto’o sait également ce qui est arrivé à l’arbitre somalien élu meilleur arbitre africain en 2025. Il devait officier lors de la Coupe du monde 2026 avant d’être refusé à son arrivée aux États-Unis et finalement écarté de la compétition pour des raisons purement politique.

Autant d’éléments qui devraient inciter les dirigeants africains à conserver leur liberté de jugement.

DIX AFRICAINS AU MONDIAL : NE PAS RÉÉCRIRE L’HISTOIRE

La Coupe du monde 2026 a effectivement accueilli dix sélections africaines, un record historique, après la qualification de la RDC lors des barrages intercontinentaux.

Il serait cependant réducteur de présenter cette augmentation comme l’œuvre personnelle d’un seul homme.

Le combat de l’Afrique pour une meilleure représentation à la Coupe du monde est ancien. Les dirigeants africains, les fédérations et la CAF réclamaient depuis longtemps une représentation davantage proportionnelle au poids des 54 associations africaines au sein de la FIFA.

Infantino a présidé la FIFA lorsque cette réforme a été adoptée et mise en œuvre. Il peut donc en revendiquer une part du bilan.

Mais cette avancée appartient également aux fédérations qui composent l’institution et au football africain qui réclamait depuis longtemps une meilleure représentation sur la scène mondiale.

DÉFENDRE L’AFRIQUE, PAS UN CANDIDAT

Samuel Eto’o aurait donc pu adopter une position politiquement beaucoup plus forte :

« Nous soutenons tout projet qui donnera davantage de moyens au football africain, quel que soit celui qui dirigera demain la FIFA. » voilà.

Cette position aurait protégé les intérêts du continent tout en maintenant son indépendance.

Car le problème commence lorsqu’une fédération ou une confédération donne l’impression que l’obtention de ressources dépend de la réélection d’un individu.

L’argent destiné au développement du football n’est pas un cadeau personnel du président de la FIFA.

Il appartient au football mondial.

Les fédérations africaines sont membres de la FIFA au même titre que les fédérations européennes, asiatiques, américaines ou océaniennes. Elles ont donc parfaitement le droit de réclamer une redistribution plus importante des revenus générés par les grandes compétitions internationales.

Sans devoir, en contrepartie, signer un chèque politique en blanc.

La légende Samuel Eto’o pouvait même réclamer 30 ou 40 millions de dollars au profit des fédérations africaines.

Il pouvait défendre davantage de financements pour les académies, les infrastructures, les championnats nationaux, les arbitres, le football féminin et les sélections de jeunes.

Mais il n’était pas obligé, pour cela, de transformer cette revendication légitime en soutien personnel et sans réserve à Gianni Infantino.

Un bon projet doit pouvoir survivre à son auteur.

Et l’avenir du football africain ne devrait jamais dépendre du destin électoral d’un seul homme.

Zéphyr KANINDA MUKANYA