À Gbadolite, jadis vitrine du pouvoir sous le régime du feu maréchal Mobutu Sese Seko, la réalité socio-économique actuelle contraste fortement avec le passé. La jeunesse fait face à un chômage massif, dans une ville où les opportunités d’emploi formel se font rares, faute d’un tissu économique structuré.
Dans ce contexte difficile, beaucoup de jeunes se tournent vers le secteur informel pour survivre. Fidèles à l’esprit du célèbre mot d’ordre popularisé dans la culture congolaise « Article 15, débrouillez-vous », repris notamment par Papa Wemba, ils multiplient les initiatives : transfert de crédits téléphoniques, opérations de change, transport en taxi-moto, entre autres activités de subsistance.
Cependant, une pratique que l’on pourrait croire dépassée ailleurs continue de s’imposer à Gbadolite : le transport de personnes à vélo, communément appelé « Toleka ». Du matin au soir, les « tolekistes » occupent les principales artères de la ville, offrant leurs services à une population en quête de solutions de mobilité abordables.
Face au coût relativement élevé du taxi-moto, généralement fixé à 1000 francs congolais par course, le taxi-vélo se présente comme une alternative accessible, avec des tarifs variant entre 150 et 500 francs congolais, selon la distance. Une différence de prix significative qui explique l’engouement pour ce mode de transport, tant du côté des usagers que des jeunes qui y trouvent un moyen de subsistance.
Ce retour en force du vélo illustre à la fois la capacité d’adaptation de la jeunesse locale et les difficultés économiques persistantes dans une ville autrefois synonyme d’opulence.
Pour certains habitants, cette situation semble donner écho à une phrase souvent attribuée à Mobutu : « Après moi, le déluge », tant les défis actuels contrastent avec le faste d’antan.
Samuel NDOMBI TOAKUMU