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La ville de Kinshasa redevient, peu à peu, plus propre. Le vieux slogan « Kinshasa la belle » semble progressivement reprendre tout son sens, tandis que l’expression peu flatteuse de « Kinshasa la poubelle » commence à s’effacer de la mémoire des Kinoises et des Kinois.

Cette amélioration est notamment le résultat de l’implication des autorités nationales dans l’assainissement de la capitale. La Task Force mise en place par la Présidence de la République et appuyée sur le terrain par le Service national commence visiblement à porter ses fruits.

De l’aéroport international de N’Djili jusqu’à Limete, la transformation est perceptible. Des espaces autrefois envahis par des marchés pirates, des immondices, des terrasses anarchiques et diverses occupations des emprises publiques commencent à retrouver un visage plus acceptable.

Devant le Marché de la Liberté, par exemple, l’espace a été dégagé et assaini. La route longeant l’hôpital Dikembe Mutombo a également retrouvé une certaine fluidité après le démantèlement du marché pirate qui s’y était installé.

Sous le saut-de-mouton de Debonhomme, dans la commune de Matete, le changement est également visible. Les occupations anarchiques ont été supprimées et l’espace public respire à nouveau.

Même constat dans la commune de Bandalungwa, le long de l’avenue Kasa-Vubu. Des dizaines de terrasses qui avaient progressivement envahi les abords de la route ont été dégagées. Au-delà de la propreté, cette opération a aussi eu un impact sur le quotidien des habitants. Le tapage sonore qui accompagnait certaines de ces activités a fortement diminué, offrant davantage de quiétude aux familles vivant dans les environs.

Dans la commune de Ngaliema, notamment le long de la route de Matadi et dans plusieurs quartiers de Binza, le même travail d’assainissement est perceptible. Certaines terrasses qui occupaient illégalement les espaces publics ont disparu et les grandes artères commencent à retrouver une meilleure apparence.
Même réalités à Kalamu dans les quartiers Yolo et Kimbangu... A Kasa Vubu sur certains magasins appartenant aux Nigerians commencent déjà a prendre des dispositions avant même le passage du Service National...

*Le véritable défi : maintenir les acquis*

Malheureusement, cette nouvelle image de Kinshasa, pourtant appréciée par une grande partie de la population, ne semble pas encore suffisamment accompagnée par les autorités urbaines et communales.

Dans plusieurs endroits, il faut encore que les agents du Service national soient physiquement présents pour que les mesures prises soient respectées.

Dès leur départ, certains commerçants et tenanciers de terrasses réoccupent progressivement les espaces qui venaient d’être dégagés. Des chaises ressortent, les terrasses réapparaissent et, avec elles, le tapage sonore et parfois les déchets.

Dans certains quartiers de Binza, par exemple, malgré l’important travail réalisé dans la journée, certains tenanciers attendent la fin de l’après-midi pour réinstaller leurs activités sur les mêmes espaces.

Le même phénomène est observé sur certains axes allant de l’aéroport jusqu’au quartier Debonhomme. Très tôt le matin, avant l’arrivée des équipes chargées de l’assainissement, des marchés pirates refont parfois surface.

Cette situation pose une question essentielle : le Service national doit-il rester indéfiniment dans les rues pour que Kinshasa demeure propre ?

La réponse devrait être non.

Les communes doivent prendre le relais

L’assainissement de Kinshasa ne peut pas reposer uniquement sur une Task Force ou sur les hommes du Service national.

L’Hôtel de ville, les bourgmestres des communes, les services communaux, la police ainsi que les responsables locaux doivent prendre leurs responsabilités et assurer la continuité du travail réalisé.

Des mesures strictes doivent être prises contre ceux qui réoccupent systématiquement les espaces publics après leur dégagement.

Il serait également nécessaire de responsabiliser davantage les autorités communales. Un espace assaini aujourd’hui ne devrait pas redevenir un marché pirate ou une terrasse anarchique dès le lendemain.

Les responsables locaux devraient donc être tenus comptables de la situation dans leurs juridictions.

Mais au-delà de la contrainte administrative, le véritable combat est celui du changement des mentalités.

*La propreté doit devenir une culture*

Les Kinoises et les Kinois doivent progressivement intérioriser le travail réalisé actuellement. La propreté de la capitale ne peut pas être uniquement l’affaire du Chef de l’État, du Service national, de la police ou des bourgmestres.

Elle doit devenir une responsabilité collective.

Chaque habitant, chaque commerçant, chaque tenancier de terrasse et chaque responsable de marché doit comprendre que l’espace public appartient à tous et doit être protégé.

Le grand défi n’est donc plus seulement de nettoyer Kinshasa. Il est désormais de maintenir Kinshasa propre.

Car sans accompagnement des autorités locales et sans changement durable des comportements, les efforts considérables actuellement consentis pourraient être réduits à néant.

Et la plus grande crainte serait alors de voir, dans quelques mois, ressurgir cette triste expression que l’on voudrait définitivement oublier :

« Kinshasa la poubelle ».

Pour que « Kinshasa la belle » redevienne une réalité durable, le coup de balai doit désormais être suivi d’une véritable discipline collective.

Zéphyr Kaninda Mukanya