Une récente sortie médiatique d’un prétendu collectif des jeunes et femmes du Nord/Kivu sur certains différends liés au pouvoir coutumier dans cette province suscite des réactions parmi lesquelles , celle de Louis Bavuka Gato, l’une des voix de la jeunesse du Nord-Kivu experte des questions coutumières, plusieurs affirmations avancées méritent d’être nuancées et confrontées aux faits.
Selon lui, le débat doit dépasser les procès d’intention et revenir aux mécanismes institutionnels et coutumiers prévus pour régler les différends entre protagonistes.
« Raviver artificiellement les tensions » : une affirmation à prouver
Louis Bavuka Gato estime que présenter les démarches du Vice-Ministre comme une volonté de « raviver artificiellement les tensions » nécessite des éléments concrets. Les conflits coutumiers ne sont pas nouveaux au Nord-Kivu et des mécanismes, notamment les CCRCC, ont été mis en place pour contribuer à leur règlement.
La convocation ou la consultation des parties ne peut donc, à elle seule, être assimilée à une volonté de créer un conflit.
La guerre ne suspend pas le règlement des conflits
Pour Louis Bavuka Gato, la crise sécuritaire ne doit pas conduire à abandonner les mécanismes de prévention et de règlement des conflits. Les différends coutumiers peuvent, au contraire, accentuer les tensions communautaires lorsqu’ils restent sans solution.
Il préconise ainsi la poursuite des efforts de règlement, dans le respect des contraintes sécuritaires.
CCRCC : respecter les compétences et les procédures
Concernant les Commissions consultatives de règlement des conflits coutumiers (CCRCC), il estime que leur existence ne signifie pas que toute initiative administrative ou ministérielle serait illégitime.
La véritable question reste, selon lui, celle du respect des compétences, des procédures et des droits des parties concernées.
Des dossiers « déjà tranchés » ?
Louis Bavuka Gato appelle également à la prudence lorsqu’il est affirmé que certains dossiers seraient définitivement réglés. Une décision peut être contestée, faire l’objet d’un recours ou être encore en cours d’exécution.
Le cas de Munigi, notamment, illustre selon lui la nécessité de vérifier l’état réel des décisions et des éventuelles contestations avant de conclure définitivement à la clôture d’un dossier.
« Règlement de comptes politique » : des preuves sont nécessaires
L’accusation de « règlement de comptes politique » devrait également, estime-t-il, être étayée par des faits vérifiables. Le débat sur le pouvoir coutumier doit privilégier les faits, les textes et les procédures plutôt que les procès d’intention.
Une sortie médiatique qui interroge
Louis Bavuka Gato considère ainsi que cette sortie médiatique mérite d’être davantage documentée. Il déplore ce qu’il perçoit comme une tentative de présentation du dossier susceptible de détourner l’attention de l’essentiel : régler les différends entre protagonistes dans le respect de la coutume et du cadre institutionnel.
Il estime par ailleurs que certaines pratiques d’influence jadis utilisées pour tenter d’orienter les débats ne correspondent plus aux exigences actuelles de transparence et de responsabilité. « Les tireurs de ficelles se trompent d’époque », soutient-il, appelant à privilégier le débat fondé sur les faits.
Privilégier le règlement plutôt que l’instrumentalisation
Pour cette voix de la jeunesse du Nord-Kivu, le secteur coutumier doit avant tout contribuer au règlement des conflits et des contestations, conformément aux usages coutumiers et au cadre légal.
Dans un contexte sécuritaire déjà fragile, il appelle les différents protagonistes à privilégier le dialogue, la vérification des faits et les mécanismes compétents, afin d’éviter que les différends coutumiers ne deviennent de nouveaux facteurs de division.
F.K