Le Rapporteur du Bureau de l'Assemblée nationale et formateur au CHESD, Jacques Djoli Eseng'Ekeli, a marqué les esprits par la pertinence de son argumentaire au cours d'un débat sur la radio onusienne autour de la situation sécuritaire extrêmement préoccupante dans la partie Est de la République démocratique du Congo.
Le Professeur Jacques Djoli était face à deux co-débateurs au cours de cette émission décortiquant la déclaration faite par le représentant du Rwanda au Conseil de Sécurité des Nations-Unies le mardi 29 septembre 2026, qui a salué le processus entrepris pour trouver la paix dans l'Est de la RDC et qui a soutenu que les FDLR restent actifs à Masisi, Rutshuru, Nyiragongo, Walikale dans le Nord-Kivu.
Sans langue de bois, l'élu du territoire de Boende a fustigé le cynisme du Rwanda qui, depuis trois décennies, fabrique des FDLR comme alibi afin de contrôler les ressources naturelles et de se pérenniser dans cette contrée congolaise. Il a également fait une lecture entre les lignes de l'accord de paix signé par la RDC et le Rwanda sous la bénédiction des Etats-Unis. Histoire de mettre un terme à une forme de cécité stratégique.
S'appuyant sur l'accord précité, le Professeur Jacques Djoli a, de prime abord, démontré qu'il n'incombe pas qu'à la RDC seule de neutraliser, démanteler les soi-disant FDLR. Suivant les prescrits de ce document signé à Washington, il revient plutôt aux parties de procéder à ce démantèlement. Il sied de souligner le pluriel de ce terme [parties] contenu dans l'accord. « Les parties conviennent de mettre en œuvre le plan harmonisé de neutralisation des FDLR et de désengagement des forces », est-il écrit noir sur blanc. La RDC et le Rwanda sont donc les deux parties appelées à identifier, localiser, évaluer et neutraliser ces éléments des FDLR.
Il ajoute qu'en date du 30 mai 2026 ce « plan harmonisé » a été signé par les deux parties et, par la suite, il a été présenté à tous les chefs d'Etats de la région. Comme de coutume, le Rwanda n'a pas honoré cet engagement. La question qui se pose aujourd'hui, dixit le Professeur Djoli, c'est le respect de la résolution 2773 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies qui va permettre de prendre des mesures contraignantes vis-à-vis du régime de Kigali.
Par ailleurs, ce membre du Bureau de l'Assemblée nationale a rappelé que c'est le pays de Kagame et ses supplétifs de l'AFC/M23 qui occupent et contrôlent depuis près de trois ans ces zones où les soi-disant FDLR seraient actifs. Géographiquement, cette affirmation du diplomate rwandais ne tient pas la route. Selon lui, ladite déclaration pouvait être prise au sérieux si on ne connaissait pas le modus operandi de ce voisin belliqueux de la RDC caractérisé par le cynisme et l'arrogance.
Jacques Djoli soutient que la démarche du Rwanda consiste à mettre en place des structures de prédation dans cette partie du territoire congolais qu'il occupe. L'alibi des FDLR est devenu un fonds de commerce. Aussi, le président de la RDC, Félix Tshisekedi, fait-il un travail de fond pour démonter cet alibi. « Monsieur Kagame c'est un malhonnête, animé par un esprit hostile », a déclaré le président en exercice de l'Union Africaine, le Burundais Evariste Ndayishimiye.
Petit pays agricole avec une forte démographie, le Rwanda a développé la culture militariste dont voici le schéma opérationnel : la volonté de piller les ressources congolaises, de déstabiliser les institutions congolaises en manipulant certains fils du pays, de désintégrer le Congo (statocide). Jacques Djoli a lancé un vibrant appel à ses compatriotes congolais de se mettre ensemble pour casser cet alibi utilisé par le régime de Kigali depuis pratiquement 30 ans. L'autre bataille menée par la diplomatie congolaise c'est d'empêcher ce pays voisin dont hostilité n'est plus à démontrer de déverser ses troupes dans les missions de paix des Nations-Unies partout au monde.
L'invité de marque de la radio onusienne préconise de maintenir la pression diplomatique, de revoir la politique de défense (dimension militaire) en faisant de l'armée une puissance stabilisatrice, de travailler politiquement à linterne pour faire comprendre aux Congolais que c'est la RDC, leur pays, qui est agressée et non pas la personne de Félix Tshisekedi.
En définitive, Kigali continue de mettre les FDLR au centre de son argumentaire sécuritaire comme l'a si bien relevé un auditeur de la radio Okapi. Cet argumentaire fallacieux vient ainsi d'être battu en brèche par le Professeur Jacques Djoli qui maitrise non seulement les questions constitutionnelles, mais également les questions de défense et stratégiques. Il a plusieurs casquettes. Il faut donc éviter que la question des FDLR serve indéfiniment de justification à des nouvelles tensions régionales. L'objectif final étant de mettre hors d'état de nuire Paul Kagame, « le noyau de l'instabilité dans la région des Grands Lacs. »
James Mpunga Yende