Bien fait au quartier GB
Catégorie

À l'occasion de la journée internationale du travail, j'ai voulu faire cette dédicace à ceux que j'appelle “les marathoniens de Kinshasa”. 
Les vendeurs ambulants de la capitale apportent un démenti cinglant à une certaine image qui est collée aux kinois. Ces derniers sont réputés opportunistes, peu travailleurs, et plus enclins à la facilité et à ce qu'on appelle les “coops” ou “chida”, qui d'ailleurs sont souvent des activités en marge de la légalité. À Kinshasa, on trouve sur plusieurs carrefours des jeunes gens oisifs, à la recherche d'opportunités diverses ou faisant les “Matolo”, c'est-à-dire quémander avec flatterie, notamment auprès des automobilistes sur les grands boulevards.
À cela il faut ajouter les attitudes peu professionnelles que l'on rencontre dans les milieux du travail. Administrations, guichets de banques, commerce, restauration, l'usager ou le client n'est pas toujours le roi, c'est plutôt la nonchalance qui règne. Et il n'est pas rare que les clients soient exposés à la condescendance, à l'insolence, voire au mépris.

En revanche, contrairement à ces réalités regrettables qui caractérisent le monde du travail à Kinshasa, les vendeurs ambulants constituent une catégorie exceptionnelle de travailleurs, représentant un pan entier de l'économie informelle. Leur serviabilité et leur modestie, liées à leur condition sociale précaire, en fait d’infatigables travailleurs.
Majoritairement d'ethnie Yaka et originaires des provinces du Kwango et du Kwilu, ils pratiquent des petits métiers ambulants, comme cireurs de chaussures ou vendeurs de cigarettes, d'eau fraîche, de sucreries, d'œufs durs, de cacahuètes, et même de plantes aphrodisiaques... Certains traînent des chariots de boissons chaudes ou proposent des services ambulatoires de pédicure et manucure, tandis que les femmes portent en équilibre sur leurs têtes de grands paniers de pains ou de fruits.
Cette population industrieuse sillonne la tentaculaire ville de Kinshasa à longueur de journées, parcourant de longues distances et avalant des dizaines de kilomètres depuis leur fief du quartier Camp Luka, d'où ils viennent presque tous. 
À coup sûr, beaucoup d'entre eux accomplissent l'équivalent d'un marathon chaque jour (soit une quarantaine de km à pied). Cela en fait des marathoniens au quotidien. 
Leur métier de “chayeurs” (débrouillards), dont la pénibilité est l'une des plus sévères, devrait nous inciter à leur accorder plus de considération. Car, outre l'utilité de leurs services, ils sont les baromètres de la situation sociale, les indicateurs de la précarité et du chômage de masse, contre lequel ils luttent avec leur énergie vitale…

Charles Kabuya