Tous ceux à qui j'ai parlé de la moto peuvent se souvenir que j'ai toujours insisté dessus. Pas que j'ai peur de l'engin, non. J'en possède une, j'aime la moto et, par conséquent, je suis, mieux que beaucoup, conscient des risques qui entourent ce véhicule.
Cet après-midi, sur la route pour une course, je passais par Limete quand j'ai constaté que mon pneu avant droit était à moitié dégonflé. Je m'arrête auprès d'un quado à la hauteur de la 6ème rue, aile industrielle, pour un regonflage rapide. L'opération terminée, je remonte dans la voiture et m'apprête à rejoindre la deuxième bande du boulevard, la première étant bouchée par une 207 immobile, quand un bruit familier déchire le vent.
Le bruit du métal contre l'asphalte. Un bruit qu'on n'aime pas entendre parce qu'il veut dire qu'un accident de moto à pleine vitesse a eu lieu. J'en ai connu deux au guidon de ma bécane, m'en sortant avec des égratignures. Mais tout le monde n'a pas la chance que j'avais eue.
Instinctivement, je freine. Devant la 207, la poussière monte et trois hommes se roulent sur le sol, survolant les blocs bordant la route avant qu'une masse métallique ne les dépasse, finissant tout autant qu'eux sa course couchée sur le trottoir du grand boulevard. Une scène vue des dizaines de fois et subie deux fois.
Je n'ai initialement pas l'intention de m'arrêter, je suis pressé. Cependant, leur détresse semble m'attirer. Je ralentis en les approchant. Les badauds accourent. Du sang sur le trottoir. Le motard est déjà debout, chemise et pantalon en sang. Des deux hommes restants, l'un s'est relevé mais reste accroupi et l'autre est couché sur le dos dans un état à moitié inconscient. Son t-shirt blanc est maculé de sang.
Les personnes ayant accouru à leur secours se mettent à relever l'homme en blanc. Je crie : « Ne faites pas ça ! Laissez-le couché. » Ils ne m'écoutent pas. Rien qu'à cause de ça, je décide de m'arrêter une dizaine de mètres plus loin, arrête le moteur, verrouille la voiture et retourne vers eux.
Ils ont déjà mis l'homme en blanc en position assise, ce qu'ils ne devaient pas faire. L'un d'entre eux suggère de lui donner de l'eau à boire. Là, je m'y oppose énergiquement : « Il n'est pas question de leur donner de l'eau. Seul un médecin peut le décider après constat. » En effet, boire de l'eau après un accident n'est pas recommandé. S'il faut une intervention chirurgicale d'urgence, ça compliquerait la situation. Il se raconte que ça peut aussi aggraver une hémorragie interne. Je n'en sais pas plus. Je comprends juste qu'il ne faut ni manger ni boire après un accident plus ou moins grave sans l'avis du médecin.
L'homme en blanc commence à revenir à lui-même. Je lui pose quelques questions pour évaluer son niveau de lucidité. Pas encore à 100 %, mais assez pour détecter où il a mal. Son avant-bras droit bouge à peine. L'autre a très mal au genou. Je vérifie l'origine du sang qui les recouvre : c'est celui du motard qui s'est entaillé l'avant-bras droit près du coude.
Je propose aux deux hommes de les emmener dans un hôpital de leur choix. Ils tiennent à ce que ce soit le motard qui s'en occupe. Je leur dis : « Ah ! Vous voulez revenir sur la moto ? » « Non ! », crient-ils. Je leur fais alors comprendre qu'ils vont perdre leur temps avec ce type. Il ne va pas sérieusement les prendre en charge et il n'est même pas assuré. Ils ne sont jamais assurés, nos moto-taximen. Ils acceptent finalement et je les emmène dans un hôpital de Limete industriel où on se sépare.
Tout au long du trajet, l'homme en blanc, qui ne supportait pas la douleur, s'est couché sur le genou de l'autre passager que j'ai cru être son frère. À quelques mètres de l'hôpital, les deux demandent avec insistance que je les laisse acheter de l'eau. Je m'y oppose encore et leur explique que seul le docteur peut l'autoriser.
Pourquoi je raconte cette histoire ? Pour mieux illustrer pourquoi je recommande de toujours éviter la moto. Comme je le disais l'autre fois, l'expérience du motard ne rend pas la moto sûre. Ses accidents sont toujours plus dangereux parce qu'il n'y a rien autour du corps pour encaisser les chocs avec le monde extérieur. Dans le cas de nos malheureux sujets, c'était une pierre de la taille d'un oignon qui a été à la base de leur chute.
Le motard ne l'avait pas remarquée et elle a déséquilibré le guidon. Dans une telle situation, peu importe les muscles du motard, il est très difficile d'empêcher la moto de basculer, surtout s'il a eu le malheureux réflexe de freiner.
Si ça vous étonne qu'une pierre de la taille d'un oignon provoque un si grave accident, sachez que le gravier, un peu de sable, d'huile ou d'eau sur l'asphalte en font autant, faisant perdre à la moto son adhérence au sol. Ce sont des moments où vous n'avez plus le contrôle de la situation.
LEÇON À TIRER :
- Apprenez les gestes de secours en cas d'accident.
Protégez le périmètre de l'accident, en empêchant d'autres véhicules de s'approcher du lieu du drame.
- Ne relevez jamais une personne accidentée sans avoir vérifié si elle est consciente, où elle a été blessée et la gravité de ses blessures, surtout en cas de commotion cérébrale ou de blessure au cou.
- Vérifiez le niveau de conscience d'un blessé en lui posant des questions sur son nom, le lieu où il habite, le lieu où il se trouve ou d'autres questions générales.
- Lorsqu'un accidenté porte des blessures graves, empêchez-le de les voir tant qu'il n'est pas encore pleinement conscient et prêt afin d'éviter un choc émotionnel.
- Ne donnez JAMAIS de l'eau ou à manger à un accidenté. Laissez le médecin en décider.
- Appelez des secouristes ou une ambulance. Si ce n'est pas possible, prenez toutes les précautions nécessaires pour le transporter à l'hôpital sans aggraver ses blessures.
- Par-dessus tout, mon conseil de toujours : NE PRENEZ PAS LA MOTO.
E.G/Factuel.cd