La musique congolaise est un monde aussi clivant que la scène politique. On le sait depuis les années 60, avec les scissions et les rivalités des groupes musicaux, qui atteignirent leur apogée lors de la séparation du groupe Wenge Musica en 1997. Les mélomanes furent divisés en deux camps rivaux, entraînant le pays entier dans une polémique à laquelle se mêla aussi la classe politique. On le constate de nouveau avec l'effet papillon provoqué par le propos présidentiel félicitant à juste titre l'artiste Fally Ipupa pour sa performance au Stade de France, deux jours de suite.
Le sujet était pertinent et il était normal qu'il soit évoqué par le chef de l'État lors de sa dernière conférence de presse (à ce propos certains font un grief non fondé à sa porte-parole, Mme Tina Salama, pour l'avoir évoqué, d'ailleurs elle avait au passage contrebalancé en demandant aux “golois” qui étaient dans la salle de se manifester).
En effet, le soft power que constitue la musique congolaise est un atout important dans la visibilité et l'influence culturelle de la RDC. Il nous est même envié par plusieurs pays africains.
Cependant, les congolais sont d'une sensibilité débordante sur certains sujets. Il en est ainsi des origines ethniques ou des affiliations politiques (qui sont souvent liées d'ailleurs). Mais aussi et surtout des rivalités dans la musique, où les plus grandes stars sont suivies quasi religieusement par plusieurs millions de fans (qui en réalité sont plutôt des fanatiques) et où les joutes verbales peuvent parfois dangereusement déraper.
Dans ce contexte, la parole présidentielle est toujours scrutée de près, surtout lorsqu'elle évoque les uns et les autres. Un oubli involontaire ou un commentaire sévère aux yeux des uns peuvent être facilement mal interprétés.
Cela me rappelle un discours du président Mobutu sur l'unité nationale. Il prononça une phrase du genre : "ozala mukongo, mungala, muswahili, *que sais-je encore*, ozali Zaïrois”. Les originaires du Kasaï se sentirent visés par cet oubli, et commencèrent à dire, non sans une pointe d'humour, “Donc nous, nous sommes les “que sais-je encore…”
Pour revenir à l'essentiel, l'artiste Fally Ipupa mérite d'être cité et décoré pour son apport au rayonnement de la culture congolaise. Les réactions outrageantes à l'égard du chef de l'État et sa famille doivent être condamnées et leurs auteurs poursuivis.
En même temps, la communication présidentielle devrait toujours s'inscrire dans le schéma de l'exhortation à l'unité de nos artistes et insister sur l'apaisement des passions.
Ces attitudes antagonistes vont trop loin, elles desservent notre soft power culturel et aliènent la jeunesse.
Je suggère au ministère de la culture d'organiser une grande fête culturelle à l'occasion de la journée de l'indépendance et de proposer à nos grandes stars (Koffi, JB Mpiana, Werrason, Fally, Ferre Gola, Héritier etc. de chanter ensemble, côte à côte sur un même podium, pour montrer l'exemple…
Charles Kabuya