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La correspondance de Victor Montagliani demandant à Gianni Infantino de ne pas assister au tournoi U-14 de la Caribbean Football Union est, en apparence, une lettre empreinte de respect et de considération pour le football des jeunes. Mais derrière les formules diplomatiques se dessine une réalité beaucoup plus politique : une fracture profonde au sommet du football mondial.

La lettre est polie. Le message, lui, l’est beaucoup moins.

En demandant au président de la FIFA, Gianni Infantino, de reconsidérer sa présence au tournoi des moins de 14 ans organisé en République dominicaine, le président de la Concacaf, Victor Montagliani, invoque officiellement la nécessité de préserver l’attention autour du football des jeunes. La présence du patron de la FIFA, dans le contexte actuel de crise de gouvernance, risquerait selon lui de détourner l’attention de l'essentiel : le développement et l’épanouissement des jeunes footballeurs.

Sur le papier, l’argument peut sembler parfaitement défendable.

Mais en politique sportive, les mots ont parfois un poids beaucoup plus important que leur apparente courtoisie.

Et cette lettre intervient dans un contexte où la relation entre Gianni Infantino et plusieurs grandes confédérations est devenue particulièrement tendue. L’UEFA, la Concacaf et l’AFC figurent désormais parmi les pôles de contestation les plus visibles de la gouvernance actuelle de la FIFA. Une éventuelle motion de défiance contre le président de la FIFA est même évoquée.

Une lettre qui dépasse largement le cadre d’un tournoi de jeunes

Il serait donc naïf de considérer cette correspondance comme une simple question de protocole.

Le tournoi U-14 de la CFU devient le théâtre d’un affrontement beaucoup plus large.

Car la Caraïbe représente un espace stratégique dans la bataille politique qui se prépare autour de la prochaine élection présidentielle de la FIFA. Gianni Infantino a annoncé sa volonté de briguer un prochain mandat, dont l’élection est prévue le 18 mars 2027 au Maroc.

Dans ce contexte, chaque déplacement, chaque rencontre avec une association membre et chaque initiative de développement peuvent prendre une dimension électorale.

C’est précisément ce qui donne à la démarche de la Concacaf une portée particulière.

Selon plusieurs informations rapportées ces derniers jours, l’enjeu ne serait plus seulement de préserver la tranquillité d’un tournoi de jeunes, mais aussi d’éviter que cette manifestation sportive ne devienne une occasion pour le président de la FIFA de renforcer ses contacts avec les fédérations caribéennes à l’approche de l’élection.

Autrement dit, derrière le football des jeunes pourrait se jouer une bataille pour les voix de demain.

Montagliani contre Infantino : le malaise devient public

Victor Montagliani n’est pas un simple dirigeant régional.

Il est le président de la Concacaf et également vice-président de la FIFA. Sa démarche revêt donc une importance particulière : elle vient de l’intérieur même du système FIFA.

Lorsqu’un vice-président de la FIFA demande publiquement au président de l’organisation de ne pas se rendre à une manifestation organisée dans sa propre zone géographique, le signal politique est forcément puissant.

Et le plus révélateur est peut-être le vocabulaire utilisé.

Le problème ne serait pas que Gianni Infantino ne soit pas le bienvenu. Le problème serait que sa présence risque de porter ombrage à une compétition consacrée aux jeunes.

Cette formulation mérite d’être méditée.

Le football des jeunes constitue la base même de la pyramide du football mondial. C’est à cet âge que doivent se transmettre les valeurs de respect, de solidarité, de fair-play, de discipline et d’intégrité.

Dès lors, considérer que la présence du premier dirigeant du football mondial pourrait détourner l’attention d’une compétition destinée aux enfants constitue un message politiquement lourd.

Il ne s’agit évidemment pas de dire que la Concacaf a déclaré Gianni Infantino « indésirable ». La lettre ne le dit pas.

Mais politiquement, elle révèle un niveau de défiance qui n’était plus possible de dissimuler derrière les formules protocolaires.

Le précédent de la contestation contre la gouvernance d’Infantino

Cette crise ne naît pas de la seule compétition U-14.

Elle s’inscrit dans une contestation beaucoup plus vaste de la gouvernance de Gianni Infantino.

Le projet controversé de création d’une structure commerciale destinée notamment à gérer une partie des revenus liés aux droits de la Coupe du monde a provoqué une réaction particulièrement forte au sein du football mondial. Le projet a finalement été abandonné, mais la crise politique qu’il a provoquée n’a pas disparu.

L’UEFA, la Concacaf et l’AFC se retrouvent désormais dans le même camp de contestation sur plusieurs aspects de la gouvernance de la FIFA.

Cette convergence est suffisamment importante pour que soit évoquée la possibilité d’une procédure visant à remettre en cause la position de Gianni Infantino avant même l’élection de 2027.

Le football mondial entre ainsi dans une période où les alliances vont compter autant que les résultats sportifs.

La Caraïbe, nouveau champ de bataille

C’est ici que la présence d’Infantino en République dominicaine prend toute sa dimension.

Malgré la demande de Victor Montagliani, le président de la FIFA s’est finalement rendu dans les Caraïbes. Il a été accueilli par des responsables politiques et sportifs dominicains et a participé à des activités liées au football local.

Cette décision peut être interprétée comme une volonté de ne pas abandonner le terrain politique à ses adversaires.

Car la bataille pour la présidence de la FIFA ne se gagnera pas seulement dans les grandes capitales européennes.

Elle se gagnera aussi auprès des petites et moyennes fédérations, notamment celles dont le vote peut devenir décisif lorsqu’une élection oppose réellement plusieurs candidats.

Et la Caraïbe, avec ses nombreuses associations membres, constitue donc un espace électoral particulièrement stratégique.

C’est pourquoi le déplacement d’Infantino, malgré la demande de Montagliani, ne peut être considéré comme un simple voyage protocolaire.

Une guerre froide au sommet du football mondial ?

Le terme peut paraître excessif.

Pourtant, les faits récents montrent une rupture dans les relations entre plusieurs dirigeants du football mondial.

D’un côté, Gianni Infantino reste déterminé à défendre son bilan et à solliciter un nouveau mandat.

De l’autre, plusieurs grandes confédérations cherchent désormais à rééquilibrer les rapports de force au sein de la FIFA. Des discussions autour d’une éventuelle motion de défiance témoignent de la profondeur de la crise.

La question n’est donc plus seulement de savoir si Gianni Infantino peut être réélu.

La véritable question est de savoir avec quelle FIFA il entend gouverner s’il obtient son prochain mandat.

Car une victoire électorale ne suffit pas à assurer une gouvernance stable.

Il faut encore pouvoir travailler avec les confédérations, avec les associations membres, avec les dirigeants qui composent le Conseil de la FIFA et avec les différents acteurs du football mondial.

Or, si l’Europe, l’Asie et la Concacaf restent durablement dans l’opposition, le président réélu pourrait se retrouver à la tête d’une organisation profondément divisée.

Le football des jeunes ne doit pas devenir l’otage de la politique

Il y a enfin une question qui dépasse Gianni Infantino, Victor Montagliani et les prochaines élections.

C’est celle de l’image donnée à la jeunesse.

Le football mondial affirme régulièrement que le sport est un vecteur de valeurs. Mais ces valeurs ne peuvent être crédibles que si elles sont également respectées dans la gouvernance des institutions qui dirigent le football.

Le football des jeunes doit rester un espace de formation, d’éducation et de transmission.

Il serait regrettable que les enfants participant à une compétition U-14 deviennent, malgré eux, les figurants d’une bataille politique entre dirigeants.

La crise actuelle doit donc trouver une issue.

Pas seulement pour préserver les équilibres entre la FIFA et les confédérations.

Mais surtout pour éviter que les querelles de gouvernance ne finissent par contaminer les générations futures.

Le véritable enjeu de mars 2027

La prochaine élection présidentielle de la FIFA pourrait ainsi être beaucoup plus disputée politiquement que les précédentes.

Gianni Infantino demeure candidat et affirme sa volonté de poursuivre son aventure à la tête du football mondial. Mais la contestation actuelle constitue la première véritable épreuve politique de son règne.

S’il l’emporte, une question restera entière :

avec qui gouvernera-t-il ?

Car gagner une élection est une chose.

Gouverner une institution mondiale contre une partie importante de ses confédérations en est une autre.

La lettre de Victor Montagliani n’est peut-être donc que la partie visible d’un affrontement beaucoup plus profond.

Derrière les mots de politesse, les formules diplomatiques et les considérations sur le football des jeunes, une bataille pour le contrôle politique du football mondial semble bel et bien avoir commencé.

Wait and see.

Zéphyr KANINDA MUKANYA