Papa Wemba
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Au Panthéon de l'Humanité . Quoi de neuf dans le Landerneau ? Sans l'ombre d'un doute, je dis haut et fort, rien. Tout semble s'être arrêté depuis qu'il est parti ad patres, voici 5 ans. Lui, c'est Papa Wemba ou The Voice. Il était incontestablement le meilleur de sa génération mais également le premier d'entre tous, dans sa discipline, toutes les générations confondues.

En effet, personne, en RDC, avant ou après lui, n'a autant promené, la rumba congolaise aux quatre coins du monde. Infatigable voyageur, il a laissé un sillon, une empreinte indélébile dans l'histoire de la musique congolaise, africaine voire mondiale. C'est pourquoi, dans le Panthéon de l'humanité, il a une place de choix, en compagnie de Socrate, Platon, César, Cicéron, Lumumba, Mandela, Yasser Arafat, Le Général de Gaulle, Olympe de Gouges, Sophie Lihau Kanza, Check Anta Diop, Francis Boukaka…

Wemba

Camara Laye, Victor Hugo, Lamartine... Sa présence dans cette constellation n'est pas une usurpation. Son immense talent et son œuvre plaident largement en sa faveur. Papa Wemba, avec plusieurs cordes à son arc, était un artiste accompli : la musique était son son art majeur mais il a également fait des incursions dans d'autres formes d'expression artistique, le cinéma, le mannequinat… et il est un des créateurs du mouvement nommé la « sapologie ».

À la tête d'un groupe musical avant- gardiste, dénommé « Viva La Musica », Papa Wemba était doté d'une voix, haut perchée, qui ne laissait personne indifférent y compris les cœurs d'airain. Avec cette voix, aisément identifiable, il a accompagné et partagé la scène, dans plusieurs endroits de cette planète, avec de nombreux artistes de classe mondiale : Prince ou le génie Minneapolis, décédé quelque 4 jours plutôt que lui, Peter Gabriel, le premier chanteur du Groupe musical Genesis, Manu Dibango, Youssou Ndour, Angélique Kidjo, Sam Mangwana, Tabu Ley, Mory Kante…Ophélie Winter, Pépé Kale..Diamond Plamunz… Talentueux et « bosseur », il était un artiste reconnu par ses pairs.

Wemba

-Avec cette voix, il a inscrit dans le patrimoine musical de l'humanité des œuvres qui résistent à l'emprise du temps, des oeuvres impérissables telles que « Dernier Coup de sifflet, Kaoko Korobo, Sol Gbemani, Référence, Phrase, Santa….Mi-Amor… ». A l'instar de Céline Dion ou Michael Jackson..il était un chanteur à voix. Avec cette voix, il est souvent sorti de sa zone de confort, la rumba, pour s'attaquer à d'autres styles de musique. Ainsi, il a réussi, avec succès, dans une de ses chansons, pour notre bonheur, à associer la musique classique, Le Boléro de Ravel, et la rumba congolaise.

Avec la même aisance, il est allé taquiner la musique antillaise : Amina Overdose en est le reflet. De même, il a revisité, avec une grande maîtrise, un des standards de la musique noire américaine. Il a fait un clin d'œil mémorable à Otis Reading à travers « Fa, Fa, Fa » qui n'a rien à envier à l'œuvre originale.

Par ailleurs, il éprouvait un réel plaisir à picorer dans le folklore « Tetela, mongo, yaka.. ». Il nous a laissés, ainsi , de vrais bijoux , comme She Santa, Analengo… Par sa gourmandise créative sans frontières, il est un des pionniers de la World music, une musique non typée, une musique qui n'appartient à aucune des catégories musicales connues. Ni rock, ni jazz, ni musique classique et que sais-je encore.

Avec cette voix, il a parfois tutoyé la perfection. Je pense à sa production au New Morning, à Paris, en 2006, où sur une de ses chansons, « Awa Yo Keyi", accompagné du seul piano, sa voix flottant littéralement sur les notes égrenées par le pianiste, il était sur un nuage, en transe comme le public, il avait réussi à nous emmener, le temps de de cette chanson, dans la cour céleste. De tels moments de félicité, d'ivresse de bonheur, dans ce monde de plus en 2 / 2 plus âpre, j'en redemande. Il était, ce jour-là, habité par une grâce particulière, le feu de dieu de la musique. Découvreur des talents, à l'étrier il a mis les pieds de nombreux artistes, aujourd'hui, célèbres. Ainsi, des entrailles de VIVA LA MUSICA sont sortis des artistes tels que Kester Emeneya, Koffi Olomide mais également Reddy Amisi, Stino Mubi et d'autres encore.. Artiste boulimique, il donnait, sans retenue, libre cour à sa capacité créative : il n'hésitait pas à aller se balader, à aller explorer d'autres terrains d'expression artistique. Ainsi, il s'est essayé , avec le succès que l'on sait, au cinéma. Dans « La Vie est belle », où il campe le rôle d'un jeune-homme qui quitte son village natal pour la ville, bercé par l'idée d'y mener une vie plus aisée, il nous a gratifiés d'une prestation mémorable, digne d'un comédien expérimenté. Au chiffon il avait un rapport particulier : il considérait que la toilette, l’accoutrement, était une forme d’expression artistique au même titre que la poésie, la chanson, la bande dessinée… Cette forme d'expression, qui se sert du corps humain, enveloppé des tissus des couleurs diverses et variées, coupées dans des formes excentriques, est portée par un mouvement urbain, la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes (SAPE) ou la «Sapologie». C'est dans cet esprit qu'il prêtait, de temps en temps, son corps, en qualité de mannequin, aux grands couturiers et arpentait, ainsi, pour notre bonheur, leurs podiums, dans les grandes capitales de la mode, Paris, Milan, Londres, Tokyo… Artiste engagé, artiste au grand cœur, il aura associé son nom à de nombreuses causes d'intérêt national et international : N'a-t-il pas fustigé, sans ambages, en des termes très durs, Kabila et ses courtisans qui faisaient mains basses sur la RDC ? N’est-il pas monté au créneau pour dénoncer Paul Kagame et le Rwanda dont les ambitions d'annexion de l'Est de la RDC à son pays demeurent intactes. De même, il s'était engagé dans une campagne internationale menée contre le paludisme qui fait des ravages dans les pays pauvres dont les pays africains. De la même manière, avec force, avait-il dénoncé les traitements infligés aux noirs dans le monde et à travers le temps. Sa révolte est portée par la chanson «Esclave». La vie ou le parcours de Papa Wemba est digne d'un personnage de roman. Parti d’un quartier populaire de Kinshasa, Matonge, il a réussi à conquérir le Monde. Où n'a-t-il pas été traîné avec sa voix ? Artiste jusqu'au dernier soupir, fidèle à sa vocation internationale, Il s'est assoupi loin de sa RDC natale, à Abidjan, sur scène , comme pour dire à la face du monde, on ne devient pas artiste mais on naît artiste et on le demeure toute sa vie durant. Ainsi, sa sortie définitive de scène est un clin d'œil d'artiste qui tire définitivement le rideau de son spectacle… Aux grands hommes, l’Humanité reconnaissante…À toi le Panthéon…Chapeau l'artiste… Texte tiré des écrits d'un juriste mélomane, admirateur de Shungu Wembadio Pene Kulumba Jules, dit Papa Wemba, décédé, il y a 5 ans. Factuel.cd