Il y a exactement un an, la ville de Goma basculait dans l’une des pages les plus sombres de son histoire. Le 27 janvier 2025, après de violents combats, les rebelles du M23, alliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), prenaient le contrôle de la capitale provinciale du Nord-Kivu. Depuis ce jour, Goma ne vit plus, elle survit.
AVANT SA CHUTE, UNE MENACE AVANÇAIT LENTEMENT
Pendant des mois, les habitants avaient senti le danger approcher. Les combats se rapprochaient, les villages tombaient les uns après les autres. Rutshuru, Nyiragongo, Kibumba… autant de localités englouties par la guerre pendant que Goma retenait son souffle.
Les alertes étaient là. Mais comme souvent dans l’Est de la RDC, la population a espéré que le pire serait évité.
JANVIER 2025 : QUAND LA VILLE A SOMBRÉ
Fin janvier 2025, l’espoir s’est effondré. Les combats éclatent aux portes de la ville puis dans certains quartiers. Les obus tombent. Les balles sifflent. La peur envahit les rues.
Selon des estimations croisées de sources humanitaires et médicales, entre 800 et 1.200 personnes ont perdu la vie durant les affrontements et dans les jours ayant suivi la prise de la ville.
Parmi elles, une majorité de civils, surpris chez eux, fauchés en tentant de fuir, ou pris au piège des combats.
Les hôpitaux, débordés, recensent plus de 2.500 blessés, dont de nombreux enfants et femmes. Faute de médicaments et de matériel, certains meurent simplement parce qu’ils n’ont pas été soignés à temps.
DES DÉPLACÉS DEVENUS ERRANTS
La chute de Goma provoque un drame humain d’une ampleur rare. Plus d’un million de personnes se retrouvent en situation de déplacement forcé dans le Nord-Kivu. Les camps autour de Goma, déjà saturés, deviennent des lieux de détresse extrême.
Puis, le pire arrive. Des milliers de déplacés sont contraints de quitter ces camps. Sans maison. Sans protection. Sans avenir immédiat. Beaucoup errent sur les routes, d’autres retournent dans des villages détruits, minés ou toujours occupés par des groupes armés.
LA PEUR COMME MODE DE GOUVERNANCE
Après la prise de la ville, le M23/AFC installe une administration parallèle. Derrière une apparente organisation, la peur s’installe durablement.
Des exécutions sommaires, des arrestations arbitraires, des disparitions sont rapportées. Journalistes, activistes, leaders communautaires vivent dans la clandestinité ou prennent le chemin de l’exil.
« Ici, on parle à voix basse, Même le silence peut te tuer »,témoigne un membre de la société civile.
Une économie à genoux, des vies suspendues
Un an après, Goma est une ville fatiguée. Les banques fonctionnent au ralenti. Le chômage explose. Les jeunes, sans perspectives, sombrent dans le désespoir.
Les parents ne savent plus comment nourrir leurs enfants. Les écoles ferment ou tournent au ralenti. Les rêves se sont arrêtés le jour où les armes ont parlé plus fort que les hommes.
Silences diplomatiques et paix introuvable
Sur le plan international, les condamnations se sont multipliées. Kinshasa continue d’accuser le Rwanda de soutenir le M23, ce que Kigali a toujours nié depuis la nuit de temps mais qu’il a reconnu récemment lors du Congrès américain via son ambassadrice Mathilde Mukantabana.
Kigali justifie cette coopération par la nécessité de contrer les FDLR et d’autres groupes armés extrémistes, qu’il considère comme une menace génocidaire potentielle.
Plusieurs initiatives diplomatiques ont été lancées, processus de Luanda, discussions régionales, appels au cessez-le-feu, accords de paix sous la médiation des États-Unis, processus de Doha …. Cependant, aucune solution durable n’a encore permis le retrait total du M23 de Goma ni le retour effectif de l’autorité de l’État congolais.
Pendant ce temps, les morts ne parlent plus,
les blessés portent leurs cicatrices,
et les survivants apprennent à vivre avec le traumatisme.
Un an après : Goma pleure encore
Un an après la prise de Goma, le bilan est lourd, cruel, accablant : jusqu’à 1.200 morts; plus de 2.500 blessés; des centaines de milliers de vies brisées.
Goma n’est plus seulement une ville occupée.
Elle est devenue le symbole d’un peuple abandonné à la violence, d’une paix sans cesse promise mais jamais livrée.
Et pendant que le monde regarde ailleurs, Goma continue d’enterrer ses morts.
Jephté Matondo